Questions et réponses
au sujet de Place au dialogue®

Q. Maître Miller, je vois que vous avez une marque de commerce enregistrée sur les mots Place au dialogue tandis qu’en anglais vous utilisez l’expression « Room for Dialogue™ ». Quelle est la différence?

R. Madame Therrien, vous voyez là la difficulté de traduire d’une langue à l’autre. J’espère que les deux expressions sont équivalentes vu que la culture du dialogue est commune tant aux francophones qu’aux anglophones. Je crois que la culture du dialogue est universelle; cependant, je n’ai pas étudié toutes les cultures de ce point de vue. Je sais, par exemple, que le dialogue occupe une place importante dans les cultures aborigènes.

Q. Vous me parlez de « culture du dialogue ». En vérité, existe-t-il une telle culture ou essayez-vous d’en créer une?

R. Oui, je crois que cette culture existe, mais souvent elle est occultée par la culture dominante, la « culture du débat ». Dans un cas donné, il pourrait être avantageux de passer d’une culture à l’autre, quitte peut-être à revenir à la culture d’origine. Je vous donne un exemple : un différend peut déjà se trouver devant une cour de justice où le débat est la norme et se déplacer vers la culture du dialogue pour discuter de règlement hors cour. L’inverse se voit aussi : tout en étant engagées dans des pourparlers de règlement, les parties peuvent vouloir qu’un juge décide d’une question particulière avant de reprendre leur dialogue pouvant les mener à un règlement ou à une résolution. Il y a véritablement une interaction ou tension entre les deux cultures tout au long d’un processus. Pour moi, la médiation est simplement une passerelle qui nous permet de passer d’une culture à l’autre.

Q. Vous semblez faire une distinction entre les mots « règlement » et « résolution »? Est-ce exact?

R. Certains emploient les deux mots indifféremment. Je me sers du mot « règlement » pour signifier qu’il y a eu réponse partielle à un problème (le problème pourrait resurgir sous une autre forme et à un autre moment dans le futur). Le mot « résolution » pour moi veut dire qu’il y a eu réponse complète au problème (les parties ont changé leur façon de faire affaires ensemble). On dit souvent d’une résolution qu’elle est transformative alors qu’un règlement est bien plus restreint dans sa portée.

Q. Comment définiriez-vous le mot « dialogue » dans le contexte de Place au dialogue? Lui donnez-vous un sens qui diffère de celui des dictionnaires? En d’autres mots, à quoi les gens peuvent-ils s’attendre quand ils s’engagent dans un processus de dialogue sous votre conduite?

R. À des résultats. Ils peuvent s’attendre à ce que leurs intérêts soient promus et, je le souligne, à ce que leurs droits soient respectés. Quelquefois, si ce n’est la plupart du temps, les clients viennent me voir au sujet d’un différend profondément enraciné. Je me souviens d’une fois où une société d’assurance m’apporta un dossier litigieux en l’étiquetant comme étant une ‘mission impossible’ que seul un petit miracle pourrait résoudre. Bien, je peux vous dire que le cas a été résolu, avec succès. Bien sûr, la résolution d’affaires difficiles demande habituellement un effort soutenu et systématique sur une période de temps. Pour ce qui est de la distinction entre les « droits » et les « intérêts », voici un exemple simple : c’est bien bon d’avoir droit à un logement décent mais ce serait encore meilleur de l’avoir, ce logement décent. Les intérêts sont en corrélation avec des attentes légitimes alors que les droits sont en corrélation avec les devoirs y afférents.

Q. Avec un peu de recherche, j’ai pu établir que votre société Interlex a obtenu son Certificat d’enregistrement pour Place au dialogue le 23 juillet 2001. Est-ce que cette date correspond au lancement de Place au dialogue?

R. Interlex est active dans le domaine de la résolution des différends depuis le 1er août 1990, toujours au 3680 de la rue de la Montagne, donc sans interruption depuis 15 ans. Dès le tout début, la notion de dialogue était présente sous forme embryonnaire. La méthodologie du dialogue s’est développée et raffinée par l’expérience acquise en réglant à l’amiable nombre de cas spécifiques au point où en 1999 nous avons fait la demande d’enregistrement pour Place au dialogue.

Q. Il me semble que Place au dialogue a deux connotations. Pourriez-vous élaborer un peu?

R. Bien sûr, le vocable « Place au dialogue » se réfère au site, physique, tangible, corporel, mais en même temps il évoque la voie à emprunter (faire place au dialogue), la méthodologie, les processus, la propriété intellectuelle, faisant partie du domaine métaphysique, intangible, incorporel. Au Palais de Justice on suit le Code de procédure civile. Chez Place au dialogue, les parties suivent des règles du jeu auxquelles elles ont librement consenti. Les deux connotations se veulent des réponses à deux questions : 1) où va-t-on pour résoudre des différends? et 2) que fait-on et comment procède-t-on pour résoudre ces différends une fois là?

Q. Est-ce que Place au dialogue est une entreprise à but non lucratif?

R. Non. Place au dialogue fonctionne sur une base professionnelle. Naturellement, il y a un loyer à payer pour les locaux et tout ce qui s’ensuit. Ce sont les usagers, les clients qui paient des honoraires pour services rendus. Il y a plusieurs façons d’arranger les honoraires. Une partie peut financer les coûts avec l’entente qu’elle sera remboursée de la moitié (le pourcentage peut varier) par l’autre partie à un point donné dans le processus, ordinairement au point du règlement quand les divers ajustements se font. Cet exemple que je viens de donner semble approprié et fonctionne bien quand il y a disparité entre les moyens financiers des parties, lesquelles tiennent quand même à sauvegarder la notion qu’elles paient en fin de compte une part égale des coûts. Il va de soi qu’il y a nombre de différends où l’on retrouve plus de deux parties. Il y a beaucoup d’autres façons de financer le dialogue.

Q. Travaillez-vous sur une base horaire? Si oui, quel est le taux?

R. Il est difficile de s’éloigner de la base horaire, car d’après mon expérience les clients veulent connaître le nombre d’heures consacrées à leur dossier. Mon taux horaire se situe entre 200 $ et 250 $. J’ai réussi à ne pas majorer mon taux horaire depuis 15 ans en exerçant un bon contrôle des coûts.

Q. Vous avez dit auparavant qu’il y a plusieurs façons de financer le dialogue. Supposons qu’une personne ou un groupe de personnes ayant une cause valable vienne vous demander votre aide, mais qu’elle n’ait pas les moyens de payer vos honoraires, accepteriez-vous quand même le mandat?

R. Oui. Je demanderais à l’autre partie ou aux autres parties de financer les coûts, avec l’entente d’un ajustement à la conclusion, comme je l’ai mentionné précédemment. C’est que j’invite d’une façon proactive « les autres parties » à s’asseoir à la table, c’est-à-dire à participer dans un processus particulier, bien défini et équitable auquel chacune contribuera vu que chaque processus est conçu sur mesure pour le cas. Alors qu’il y a d’importantes sources de fonds pour financer des litiges jusqu’en Cour suprême, au Canada il y a relativement peu de fonds disponibles à l’heure actuelle pour trouver des terrains d’entente, par exemple pour fournir l’argent nécessaire à la mise sur pied d’un processus adapté aux circonstances. J’encouragerais les fondations privées à financer la recherche de solutions hors de cour pour des questions d’intérêt public.

Q. J’ai eu la curiosité de faire une recherche sur Internet sur les mots « Place au dialogue ». J’ai trouvé pour la plupart des documents se rapportant à des problèmes et conflits sociétaux et politiques graves. Dans les journaux, le mot « dialogue » est employé dans deux sens. Le premier sens est fait de voeux pieux, par exemple, on se demande si Benoît XVI sera capable de dialoguer avec les autres chefs religieux ou encore André Pratte, éditorialiste en chef de La Presse souhaite un « nouveau dialogue » entre francophones et anglophones du Québec. Son deuxième sens fait référence à des situations désespérées de par le monde où même la guerre n’a pas réussi à résoudre le conflit. Donc, je pose la question : est-ce cela que vous faites chez Place au dialogue, vous tentez de résoudre certains de ces conflits dont on ne voit pas l’issue?

R. Oui. Les dialogues de Platon sont un des déterminants de notre culture. Dans ces dialogues on voit des citoyens qui cherchent la meilleure ligne de conduite à adopter; ces citoyens ne sont pas simplement engagés dans des considérations philosophiques, encore moins dans des bavardages. Je donne de la structure au dialogue. Le dialogue peut nous amener à la racine de notre identité et donc à expérimenter une des idées clés associées au dialogue. Trouvons ensemble des solutions au problème plutôt que de le combattre ou de le fuir. Incidemment, la guerre ne résout pas les conflits. La guerre retarde et remet leur résolution à un moment et à un lieu autres. La guerre peut avoir l’effet de se débarrasser de quelqu’un qui bloquait la résolution et pour cette raison elle peut être nécessaire dans certaines circonstances très limitées.

Q. Dois-je conclure que vous acceptez des mandats qui peuvent présenter de réels dangers, soit parce qu’ils vous amèneraient dans un pays où de graves conflits existent ou encore, ici au Canada, bien sûr c’est moins le cas au Canada, mais ici aussi nous avons un nombre de sérieuses « difficultés »?

R. Les mandats incluent un élément de risque et donc de danger, surtout si le but du mandat est d’effectuer un changement, de passer d’un système à un autre système. Donc, on doit circonscrire ou gérer le risque et rendre le processus le plus rassurant possible en procédant par étapes, un petit pas à la fois, et en accordant le droit de se retirer du processus ou au moins de prendre un temps de réflexion avant la prochaine étape. Cela étant dit, il n’y a nul doute que je laisserais les conflits de ces pays en état de belligérance aux bons soins des Nations Unies et des casques bleus.

Q. Est-ce que les gens qui sont aux prises avec un différend se déplacent toujours pour venir vous rencontrer dans votre Place au dialogue?

R. Toute « difficulté » a un objet qui peut être physique et tangible comme une oeuvre d’art, une maison, un édifice à bureaux, un lieu de travail, ou l’objet peut être intangible, par exemple la bonne réputation de quelqu’un, et cet intangible sera associé à quelque chose de tangible comme un livre ou un film. Pour venir à bout du différend, il est quelquefois préférable que je me déplace pour aller « là » où il se situe. D’autres fois, il est bon de laisser le « situs » du différend pour aller à un sanctuaire qui évoque les valeurs désirées. Donc, la Place au dialogue est mobile; elle voyage, et moi avec. J’arrange toujours les choses pour que la « place » ou la salle se prête à la coordination ou à la résolution, selon le cas. On peut se retrouver dans un jardin, une galerie d’art; ce peut être un terrain de golf ou un site de construction. Ce peut être une cuisine, un restaurant, pour quelque temps. Je me suis occupé d’une affaire qui concernait une forêt modèle; je me suis rendu dans cette forêt. Une autre affaire m’a amené à visiter beaucoup de sites historiques du Québec. Un autre dossier m’a valu un nombre considérable de points Aeroplan car j’ai tenu des séances dans des villes de l’Alberta, la Saskatchewan, la Colombie Britannique, l’État de Washington et l’Utah. Je me souviens d’une aventure sur Bearskin Airlines suivie de la rude traversée d’un lac nordique démonté pour se rendre du village à un camp de pêche. C’est là que j’ai donné une palme aux ingénieurs qui ont conçu les boîtes à oeufs – nous sommes arrivés au camp sans qu’un seul oeuf ne soit cassé – notre petit déjeuner était sauf!

Q. Qu’entendez-vous par le mot « difficulté »? Employez-vous un euphémisme? Voulez-vous dire un différend, un litige, un conflit? Si oui, vous est-il déjà arrivé d’aller à un jardin, un terrain de golf, une galerie d’art, etc. pour régler un différend?

R. J’entends ce qu’une personne ordinaire entend quand elle emploie le mot « difficulté » pour signifier un différend, un conflit quelconque. Les gens d’affaires diraient qu’ils ont un « problème » ou une « réelle difficulté », quelque chose qu’ils ne croient pas pouvoir régler eux-mêmes, probablement après avoir essayé autant comme autant d’y trouver une solution. Les clients peuvent se trouver dans une situation litigieuse, soit qu’il y ait menace de procédures judiciaires, soit que des procédures viennent d’être entamées; en fait, les procédures peuvent être à n’importe quel stade du processus du procès. Quant à l’autre partie de votre question, je répondrai non, pas encore, mais chacun de ces endroits ferait une excellente place de résolution. Par exemple, une galerie d’art évoquerait la beauté, l’esthétisme, un appel aux sens, y compris le sens commun.

Q. Parmi les endroits possibles où des pourparlers de règlement à l’amiable peuvent se tenir, vous avez choisi une galerie d’art. Je ne voudrais pas être impolie, Me Miller, mais à ma connaissance l’on ne peut pas tenir une réunion dans une galerie d’art, que cette réunion soit basée sur le dialogue plutôt que l’argumentation. On s’attend à ce que les visiteurs gardent un silence presque total. Est-ce réaliste de dire cela?

R. Une galerie d’art n’est pas une bibliothèque. Constamment, on y voit des visites guidées d’écoliers et de toute sortes de groupes sociaux. Sérieusement, les galeries d’art ont des salles adjacentes qu’on peut louer pour y tenir des réunions et un auditorium pour des présentations audiovisuelles. Et bien sûr, il y a toute une partie que le public ne voit pas d’habitude, là où se fait le travail de conservation, de catalogage et d’étude de l’art. Une galerie d’art bourdonne d’activité. L’art peut nous inspirer et nous permettre de voir les choses différemment; ce processus de reformulation joue un rôle important dans la résolution de différends et la recherche de l’excellence.

Q. Parlons de confidentialité. Il me semble que les avocats en litige ont un grand avantage sur les médiateurs sur ce point. Ils peuvent claironner leurs succès : ils ont le droit de laisser savoir dans les médias qu’ils ont obtenu un jugement de la cour de tant de millions de dollars pour tel ou tel client et en général de parler publiquement de leurs victoires éclatantes. Cette publicité leur apportera vraisemblablement d’autres dossiers de même nature. Est-ce que la confidentialité à laquelle vous êtes tenu n’est pas un gros handicap du domaine que vous avez choisi? Si je vous demande de me nommer quels clients vous avez aidés au cours des 15 dernières années, n’allez-vous pas me répondre : désolé, mais tout cela est confidentiel?

R. Oui, parlons-en. Qu’est-ce que la confidentialité? À quoi se réfère-t-elle? Il y a deux significations. Premièrement : l’information obtenue dans un certain but ne peut être utilisée dans un autre but. Par exemple, l’information obtenue pour régler un différend hors de cour ne peut être utilisée dans une cour de justice pour cette affaire ou quelqu’autre affaire que ce soit. J’appellerais cette confidentialité un privilège ‘d’intérêt public’ car il est dans l’intérêt public que les règlements à l’amiable soient favorisés. On ne peut renoncer à ce privilège.
En second lieu : le médiateur est tenu à la confidentialité quant à l’information qui lui est communiquée. Cette information fait l’objet d’un privilège particulier; la relation entre le médiateur et les parties, telle que la relation qui existe entre un avocat et son client ou un médecin et son patient, est confidentielle. Seul le client peut renoncer à ce privilège. Mais, aucun doute, la tendance est à la confidentialité. Il peut y avoir des exceptions, par exemple quand le public lui-même est une partie. Il est exact que je ne peux parler de mes dossiers. Par contre, certains de mes dossiers ont fait l’objet d’études de cas, en changeant les noms, etc., donc en préservant la confidentialité. Je dois toujours travailler à l’intérieur de certaines limites et selon les principes qui définissent la nature de ce que je fais et des services que je rends.

Q. Entendu, vous ne pouvez dévoiler les noms de vos clients. Je vais donc contourner la difficulté en vous demandant de me parler de la nature des mandats dont vous vous êtes occupé au cours de ces 15 années.

R. C’est vaste comme question; il y a eu une telle variété de sujets que je ne pourrai tout couvrir de mémoire. Ma pratique est commerciale et administrative. Mes mandats se situent dans les grandes catégories suivantes : entreprises familiales, transferts et planification successorale; dissensions entre actionnaires, entre héritiers, entre franchiseurs-franchisés, entre voisins, entre conjoints de fait, etc.; relations entre Aborigènes et gouvernements; réclamations commerciales dans les secteurs de la construction, du transport et de l’assurance. Je me suis occupé d’affaires qui avaient trait au monde du golf, du hockey, du cinéma et des arts. Essentiellement, mes approches sont économiques et je mets en jeu les deux sphères de l’économie, l’économie de marché et l’économie du don.

Q. L’économie du don? Qu’est-ce que vous entendez par l’économie du don? Il me semble qu’il n’y a rien de gratuit en ce bas monde. Même les philanthropes attendent quelque chose en retour de leur générosité, par exemple que leur nom soit donné à un pavillon universitaire, etc.

R. Je fais référence à la sphère de l’activité économique qui comprend un échange qu’on appelle « le don ». L’essence du don est la réciprocité de sorte que pour qu’il y ait don il faut un donateur et un donataire qui accepte le don. Cette sphère de l’économie a toujours existé mais l’économie de marché est beaucoup plus visible. L’économie du don est très répandue dans les relations familiales, les programmes gouvernementaux et le monde des affaires. On peut voir le don à l’oeuvre dans les alliances stratégiques. Le don donne lieu à des attentes légitimes exécutoires. Un exemple de l’économie du don, exemple moderne bien connu, est le Plan Marshall mis sur pied pour reconstruire les économies de l’Europe de l’Ouest après la destruction causée par la Deuxième Guerre mondiale. En loi il y a bien sûr le contrat de vente spécifique à différencier du contrat du don. Par l’économie du don, je fais référence à l’activité économique qui sous-tend l’économie de marché et où l’on retrouve l’éthique du commerce équitable, l’éthique de générosité, des facteurs qui jouent souvent un rôle dans la résolution des différends et conflits.

Q. Je sais qu’il y a beaucoup de problèmes dans le monde du hockey, alors je ne suis pas surprise que vous ayez été appelé à résoudre un de leurs nombreux différends. Mais le golf? Quelle affaire pouvait bien avoir trait au golf? Dites-moi un peu...

R. Il est étonnant de constater tout ce qui peut entraîner une poursuite en cour. À ma souvenance, les parties étaient un club de golf local et un de ses membres. Il semble que le membre en question contestait les règlements du club au point où la direction du club, exaspérée, prit des mesures pour expulser ce membre et ce dernier intenta des procédures judiciaires. J’ai aidé les parties à conclure un règlement à l’amiable. Comme je n’ai plus entendu parler d’elles par la suite, je présume que l’entente a tenu le coup. C’était un de ces cas où une once de prévention aurait pu faire des merveilles. Parfois, tout est dans la manière de répondre à un stimulus. Il ne faut pas oublier que nous avons toujours un choix dans une situation donnée. Il m’est arrivé de souhaiter qu’on m’eût demandé d’intervenir avant que le problème ne dégénérât en litige.

Q. Quel a été votre mandat le plus exigeant?

R. Mes mandats en général sont très exigeants parce qu’on me confie des affaires souvent complexes, aux nombreuses composantes ou aspects. Mais complexité mise à part, je dirais que la situation la plus exigeante se présente quand l’attitude d’une partie est dogmatique, la rendant totalement incapable d’empathie ou de logique. Il me faut comprendre son dogme particulier pour le canaliser, l’infiltrer en quelque sorte, pour pouvoir parler à cette personne en des termes qui s’accordent avec son dogmatisme. Il se présente des cas où le dogmatiste n’est pas officiellement partie au litige mais prête un support moral et financier à une des parties. Dans de tels cas, le niveau de difficulté est multiplié par cinq.

Q. Quel a été le mandat le plus facile ou le plus court dont vous vous souveniez?

R. Quand les parties sont très compétentes et qu’elles joignent leur expérience et expertise à celles de leurs conseillers juridiques, on parle de mandats plus faciles. J’hésite à choisir un cas en particulier parce que j’ai souvent reçu une belle coopération de la part des parties. La brièveté d’un mandat est en corrélation avec le niveau peu élevé du problème à résoudre, de la même manière qu’une obturation dentaire prendra moins de temps qu’un traitement de canal. Il arrive parfois que le simple commencement d’un processus de règlement à l’amiable soit suffisant pour briser l’embâcle quand les parties réalisent que chacune veut régler. Le mandat le plus court dont je me souvienne fut de 24 heures : une séance d’information en matinée, un échange exploratoire de données pertinentes et authentiques suivi d’un canevas des options réalisables en après-midi, une nuit de réflexion, et finalement une séance pour la prise de décision le lendemain matin au cours de laquelle les parties adoptèrent une option et prirent les dispositions nécessaires pour sa mise en oeuvre.

Q. Et le mandat le plus intéressant?

R. Toutes les fois où j’ai pu aider les parties à se sortir de leurs difficultés et à se lancer dans des relations productives et où j’ai été bien rémunéré pour mes efforts, j’ai trouvé que c’étaient là des mandats stimulants. Quelle satisfaction de voir une famille ou un entreprise se retrouver sur la voie du succès. De même, j’aime voir éclore et s’épanouir des relations saines entre divers paliers du gouvernement et des peuples aborigènes, dans diverses industries et communautés. Je vois la vie en vert, la couleur de l’espérance, la couleur des jardins et des terrains de golf.

Q. J’en déduis de votre réponse que dans certains dossiers les parties n’en sont jamais arrivées à un règlement à l’amiable. Quels sont les facteurs qui les ont empêchées de réussir?

R. Je me souviens d’un cas où une partie participait directement au processus avec ses conseillers juridiques – il est important que les conseillers participent aussi – tandis que l’autre partie était seulement représentée par ses conseillers juridiques. La cause a dû faire l’objet d’un jugement de la cour et cette dernière partie s’est vue condamnée à payer quatre fois plus d’argent qu’elle n’en aurait eu à payer dans un règlement à l’amiable et bien sûr sans possibilité de relations futures lucratives, chose qui lui avait été offerte durant le processus. Cela, ce défaut de contribution directe au processus par la haute direction, c’est le facteur clé qui peut mener les parties à l’échec. Il arrive aussi qu’une partie (ou plus d’une) ait des attentes irréalistes de ce qu’elle pourrait recevoir en dommages-intérêts de la part d’un adjudicateur. Dans les cas où il y a un potentiel de deux résultats diamétralement opposés, je tente d’examiner, de comparer et de contraster ces deux résultats possibles, en tenant compte de tous les facteurs pertinents, tels que les risques et les coûts.

Q. Me Miller, avez-vous des héros?

R. Oui, j’en ai beaucoup. Un de mes héros, c’est le lanceur de baseball, le légendaire Satchel Paige qui était philosophe à ses heures et à qui on attribue ces paroles : « Travaillez comme si vous n’aviez pas besoin d’argent. Aimez comme si vous n’aviez jamais été blessé. Dansez comme si personne ne vous regardait. »

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le 25 avril 2005

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